Le rééquilibrage du lit de la Loire aval

enseignements de la concertation


Vingt-trois ans se sont écoulés depuis le premier plan Loire grandeur nature ; la Sauvegarde de la Loire angevine a suivi, au fil des ans et avec grande attention, la  réalisation des seuils expérimentaux du Fresne-Ingrandes, le remodelage des épis et les études prospectives, réalisées sous l’égide du GIP-LE, pour le rééquilibrage du lit de la Loire aval. Le fruit de ces travaux expérimentaux, de ces réflexions et de ces études se concrétise avec le programme de rééquilibrage du lit de la Loire.

   En 2018, afin de s'assurer  de la compréhension et de l'acceptation du programme de rééquilibrage, VNF et le comité de pilotage de l’opération dont décidé de soumettre le projet, en cours d'élaboration, à une large  concertation publique. Dans le périmètre concerné, riverains, collectivités locales et associations ont pu s'exprimer sur le projet qui a reçu un  accueil favorable. Les objectifs de restauration d'une Loire décorsetée à pente plus douce, de remobilisation des sédiments piégés, de reconnexion des boires et d'amélioration de la qualité des eaux tout en préservant la richesse paysagère et la biodiversité ligérienne sont majoritairement partagés.

Des questions, des réponses, des interrogations.

  Des interrogations ont été formulées quant aux modélisations et actions présentées visant à améliorer le cadre et conditions de vie des riverains, les qualités  environnementales du fleuve et la protection contre les crues. VNF précise que  ce projet de rééquilibrage du fleuve, inscrit dans une stratégie globale, a été construit à partir des retours d'expérimentations antérieures, de modélisations validées par des experts et d'observations multiples sur la Loire et ses annexes. Des actions jugées prioritaires ont été retenues : une action structurante (l'aménagement du secteur de Bellevue) et une action corrective (enrayer l'incision du lit navigable dans le secteur d'Ancenis).

   Des "loiristes sceptiques" doutent des capacités à agir pour rééquilibrer le lit de la Loire et obtenir une remontée significative des fonds et de la ligne d'eau d'étiage. Ils craignent des effets négatifs  sur les secteurs non retenus dans les études mais aussi sur la navigabilité du fleuve (remontée du lit et maintien d'une hauteur d'eau suffisante à l'étiage, méandrage accentué).

Pour VNF, les modèles hydro-sédimentaires utilisés, élaborés à partir de retours des travaux expérimentaux, de multiples observations et  hypothèses,  sont des outils adaptés au suivi des tendances évolutives sur le long terme qui confortent le travail des bureaux d'études.

   Sans attendre les résultats de ces premières interventions, certains participants souhaitent que ce programme s'enrichisse d'opérations complémentaires : rétablissement de seuils naturels historiques, réouverture du bras de la Guillemette, suppression d'enrochements freinant le réengraissement du lit...Autant de points sensibles identifiés par VNF et les ateliers de concertation, qui si nécessaire après suivi des interventions, seront étudiés dans une phase 2 du programme.

 Contribution de la Sauvegarde de la Loire angevine

  Présente dans les ateliers et réunions d'échanges, l'association s'est exprimée sur le programme et sa mise en œuvre qui vise à recréer une nouvelle dynamique fluviale ainsi que sur l'originalité de la démarche adoptée.

     La   reconfiguration des seuils du Fresne a été réalisée en préservant des effets bénéfiques constatés à l'issue des opérations expérimentales. La solution de compromis retenue pour le bras de Cul de Bœuf est jugée positive, pour la reprise de la dynamique alluviale et son rééquilibrage.

A l'amont de l'ouvrage, du bras principal, un réengravement progressif est observé mais à l'aval des échancrures de profondes fosses se créent à l'étiage et  se comblent en hiver par l'apport de nouveaux sédiments issus  de l'amont. Ne conviendrait-il pas de réaliser des radiers, immédiatement en aval des échancrures afin d'arrêter le creusement de ces fosse ?

 Au droit de l'île Neuve-Macrière, VNF est confronté à une difficulté importante : rehausser le lit dans le bras sud et désengraver le bras nord. Un nouveau projet, par  remodelage des épis de l'amont, vise à libérer les sables stockés pour réengraisser le bras sud mais il faudra beaucoup de temps pour qu'il en soit ainsi ! Dans le bras nord, il était envisagé  une intervention sur la chevrette amont de l'île et le creusement d'un chenal dans ce bras (280 000 m3 de sable). Cette action jugée peu efficace à moyen et long terme, de coût important est abandonnée. La Sauvegarde suggère d'exécuter, en amont du bras, une "embouchure" dans le sable pour amorcer l'érosion progressive,  lors de la montée des eaux. Dans le même esprit, un réaménagement judicieux à l'aval du bras pourrait peut-être permettre d'amorcer une érosion régressive de celui-ci.

    Le seuil de Bellevue; des participants, par leurs contributions et analyses du projet,  se sont fait avocats de la variante C qui sera finalement retenue par le comité de pilotage; c'est la clé de voûte du rééquilibrage du lit de la Loire en un lieu où le flux fluvial se heurte au flux maritime. Ce futur aménagement, situé à la rupture de pente du lit, doit réduire les vitesses d'écoulement et la pente de la ligne d'eau afin de favoriser en amont les dépôts sédimentaires. Le projet retenu rappelle par sa configuration celle d'avant les travaux des années 70; les radiers au fond du chenal freinent l'écoulement principal et le duit central  le reporte vers la rive droite. Aux craintes émises concernant les crues et l'inondabilité du village de Bellevue, VNF estime que la rehausse de la ligne d'eau dans le bras principal, sera inférieure à 3 cm et dans le hameau de Bellevue l'inondabilité serait inférieure de 4 cm. Peut-être conviendrait-il de comparer les laisses de 1982 et celles de la crue, plus importante, de 1910; attendons les résultats du modèle physique 3D.

    Cette solution optimisée répond positivement aux objectifs fixés, elle se révèle de moindre coût, elle  présente une bonne intégration paysagère, elle permet le maintien d'une navigation adaptée  au fleuve et minimise le danger hydraulique. Dans la situation actuelle de réchauffement climatique constaté, devront être intégrés les effets des forts coefficients de marée, la montée du niveau marin mais aussi les futures interventions dans l'estuaire en cohérence avec les actions amont.

L'après concertation et les engagements de VNF

    Les études techniques, alimentées par les études environnementales sur chacun des secteurs, vont se poursuivre jusqu’en 2019 ; s'en suivra le dossier d'enquête publique déposé dans l’ensemble des communes concernées par le projet. Les travaux devraient être réalisés entre 2020 et 2023, selon les secteurs, tout en préservant les usages et plus particulièrement ceux de la pêche professionnelle (travaux limités à 3 mois/an en dehors de la période de pêche et analyse plus approfondie des impacts sur la faune piscicole).

   VNF s’engage à poursuivre la concertation et l’information du public dès la connaissance des résultats des études complémentaires mais également lors des travaux. Des réunions spécifiques par secteur seront organisées avec les riverains et usagers concernés.

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